approche transaffirmative

L’approche transaffirmative : accompagner les personnes trans et non-binaires en psychothérapie

L’approche transaffirmative repose sur une idée simple : les identités trans ne sont pas un problème à corriger, mais des vécus à accueillir avec respect, écoute et autodétermination. Pendant très longtemps, les personnes transgenres ont subi un sort comparable à celui des personnes homosexuelles : leur identité elle-même était classifiée comme un trouble mental. Le terme « transsexualisme » figurait dans le DSM et la Classification internationale des maladies (CIM) de l’OMS, enfermant les personnes trans dans un diagnostic psychiatrique préalable obligatoire pour accéder au moindre soin de transition.

L’évolution a été lente et incomplète. En France, c’est en 2009 que la ministre de la Santé Roseline Bachelot annonce que la transidentité ne sera plus considérée comme une affection psychiatrique. Du côté de l’OMS, il faut attendre 2019 pour que la transidentité soit retirée du chapitre « Troubles mentaux et du comportement » de la CIM-11.

Ce changement de paradigme est essentiel car il met en avant l’autodétermination comme principe central. Qui mieux que la personne concernée peut affirmer son identité de genre ?

Malgré ces avancées, la réalité du terrain reste préoccupante. Plus de 60 % des personnes trans interrogées dans des études récentes se déclarent victimes de discriminations dans les soins, que ce soit en raison de leur identité de genre ou de la méconnaissance des professionnels. Les parcours de transition demeurent, dans les faits, encore trop soumis à des évaluations psychiatriques informelles, des délais d’attente considérables, et à des soignants insuffisamment formés.

C’est dans ce contexte que l’approche transaffirmative en psychothérapie s’est développée comme réponse clinique et éthique : non pour « traiter » la transidentité, mais pour accompagner les personnes trans et non binaires dans leur bien-être psychologique, en tenant compte des violences et des obstacles spécifiques qu’elles traversent.

Le stress minoritaire : comprendre la souffrance psychologique des personnes trans

Un stress chronique d’origine sociale

Les personnes trans et non binaires présentent des taux significativement plus élevés d’anxiété, de dépression et d’idéations suicidaires que la population générale. Certaines études indiquent que les personnes transgenres sont deux à quatre fois plus susceptibles que les personnes LGB cisgenres de rapporter une dépression ou des pensées suicidaires. Ces données alarmantes ne s’expliquent pas par la transidentité elle-même, mais par les conditions sociales dans lesquelles elle est vécue.

Le cadre conceptuel le plus robuste pour comprendre ce phénomène est celui du stress minoritaire, théorisé dès 2003 par le chercheur américain Ilan Meyer. Ce modèle part d’un principe fondamental : ce n’est pas l’identité minoritaire en elle-même qui crée la souffrance, mais les conditions sociales dans lesquelles cette identité est vécue. Le fait de subir des discriminations, du harcèlement, du rejet familial, ou de devoir dissimuler son identité pour être accepté génère un stress chronique auquel la majorité cisgenre hétérosexuelle n’est pas exposée.

Pour les personnes trans, ce stress prend des formes spécifiques :

  • L’hypervigilance face aux environnements potentiellement hostiles (espaces genrés, actes administratifs, soins médicaux).
  • L’intériorisation de la transphobie, qui peut mener à une honte de soi profonde.
  • La crainte du rejet par les proches, qui peut durer des années avant et après un éventuel coming-out.
  • Les micro-agressions répétées : mégenrage, questions intrusives sur le corps, déni de l’identité, qui, cumulées, constituent une forme de violence psychologique durable.

Les personnes non binaires font face à des enjeux additionnels, liés à une invisibilité sociale encore plus marquée. Leur existence est souvent niée par des structures sociales, administratives et médicales profondément binaires (cases « M » ou « F », genrage systématique dans la langue, manque de représentation). La psychothérapie doit impérativement prendre en compte cette réalité, sans projeter sur ces personnes un modèle de transition qui ne correspond pas nécessairement à leur vécu.

L’approche transaffirmative : principes et pratique clinique

L’approche transaffirmative est un cadre clinique qui valorise le respect et la reconnaissance de l’expérience du genre de chaque individu. Elle peut se résumer en trois piliers principaux :

1. Accueillir et reconnaître toute expérience du genre comme légitime, sans l’interroger ni la mettre à l’épreuve. Cela inclut le respect immédiat et inconditionnel des prénoms et pronoms choisis par la personne.

2. Soutenir et accompagner la personne dans ses besoins, qu’ils relèvent d’une transition sociale, médicale, chirurgicale ou juridique ou d’aucune de ces formes. Il n’existe pas de voie unique : tout travail thérapeutique doit avoir pour objectif l’épanouissement de la personne telle qu’elle se définit, non la conformité à un modèle préétabli. 

3. Travailler à rendre les milieux transinclusifs, en collaboration avec les communautés concernées, et pratiquer l’approche du consentement éclairé, informer pleinement, respecter l’autonomie.

L’approche transaffirmative exige une formation spécifique de la part des cliniciens. Les transidentités restent peu abordées dans les formations initiales de psychologie. Or, les personnes trans ont une longue histoire de maltraitance institutionnelle qui les rend légitimement méfiantes vis-à-vis du système de soin. La première tâche du thérapeute est donc de créer un espace de sécurité authentique.

Concrètement, cela implique de :

  • Se former aux réalités trans et non binaires, aux mécanismes du stress minoritaire et aux étapes de transition possibles.
  • Adopter une communication non genrée par défaut et demander les pronoms d’usage dès le premier contact.
  • Distinguer les enjeux liés à la transidentité des autres problématiques psychologiques que peut présenter la personne, l’anxiété, la dépression ou un trauma ne sont pas forcément liés au fait d’être trans, et les réduire à cette cause serait réducteur.
  • Soutenir l’entourage familial, notamment pour les jeunes, en adoptant une posture d’accompagnement des parents et proches sans pathologiser l’enfant ou l’adolescent.

Conclusion

L’approche transaffirmative est une réponse clinique rigoureuse à une réalité documentée : les personnes trans et non binaires souffrent davantage non pas en raison de leur identité, mais en raison des violences et des invisibilisations que leur impose une société encore massivement cisnormée. Accompagner ces personnes en psychothérapie, c’est d’abord savoir que la souffrance qu’elles apportent en séance a souvent une cause sociale, et que la reconnaître pleinement est déjà, en soi, un acte thérapeutique.

Vous souhaitez être accompagné·e sur ces questions ?

Si vous souhaitez en savoir + sur ce sujet, je vous recommande :

Les épisodes de « L’autre rive de mon corps » du podcast Le coeur sur la table par Mihena Alsharif et Naomi Titti. https://www.binge.audio/podcast/le-coeur-sur-la-table/lautre-rive-de-mon-corps-par-mihena-alsharif-et-naomi-titti

Le livre « Ceci n’est pas un livre sur le genre » de Morgan N. Lucas, ed. Les insolentes, 2024.

Santé mentale des personnes trans

Le livre « Une histoire de genre » de Lexie, ed. Marabout, 2024.

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La BD « Petite fille deviendra grand » de Louis Feghlou, ed. Leduc Graphic, 2024.

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