Le terme psychologue féministe suscite de plus en plus de recherches, notamment chez les personnes qui ne se reconnaissent pas dans une approche strictement individuelle de la souffrance psychique. Mais concrètement, qu’est-ce qu’un·e psychologue féministe ? À qui s’adresse cette démarche ? Et en quoi cela change-t-il réellement l’accompagnement ?
Après avoir définit les enjeux autour d’une thérapie féministe (cf article « Thérapie féministe : définition, principes et champs d’application »), il s’agit ici de comprendre la posture, le cadre et les spécificités d’un·e psychologue féministe, et ce que cela implique pour vous en tant que personne accompagné·e.
Qu’est-ce qu’un·e psychologue féministe ?
Un·e psychologue féministe est un·e professionnel·le formé·e à la psychologie, qui choisit d’intégrer une lecture féministe et intersectionnelle dans sa pratique clinique.
Cela signifie notamment que la souffrance n’est pas analysée uniquement à l’échelle individuelle. Les rapports de pouvoir, les normes sociales et les inégalités structurelles sont pris en compte. Les expériences de sexisme, racisme, LGBTphobies, validisme, classisme, grossophobie, etc., ne sont pas minimisées ni pathologisées.
Une psychologue féministe reconnaît tout simplement que l’intime est traversé par le social. Le corps, la sexualité, la parentalité, le couple, l’environnement professionnel, l’image de soi… tout cela se construit dans un contexte sociétal. Ce contexte influence et conditionne notre vie intime.
En quoi la posture diffère-t-elle d’une approche plus “classique” ?
La différence ne tient pas uniquement aux outils utilisés, mais à la posture clinique.
1. Une posture située (et non prétendument neutre)
Le·la psychologue féministe reconnaît que personne n’est totalement neutre. Son regard est situé : il est façonné par son histoire, son genre, son parcours, sa culture. Plutôt que de masquer cela derrière une neutralité absolue, la posture est plus transparente et consciente des enjeux de pouvoir présents dans la relation thérapeutique.
Cela implique un travail continu de remise en question et d’analyse des biais que peut avoir le·la thérapeute. Cette conscience ne rend pas le·la psychologue « parfait·e » ni exempt·e d’erreurs. Elle signifie au contraire qu’iel accepte l’idée de pouvoir se tromper, d’apprendre, d’ajuster sa posture et d’accueillir les retours. C’est cette dynamique réflexive, et non une perfection illusoire, qui constitue le cœur de l’engagement féministe en clinique.
2. Une relation plus horizontale
Le·la psychologue féministe ne se considère pas comme un·e sachant·e qui analyse une personne considérée comme défaillante. Iel considère que vous êtes expert·e de votre vécu. Le·la psychologue apporte un cadre, des outils, des hypothèses mais le travail thérapeutique se construit à deux.
Cette dynamique est particulièrement importante pour les personnes ayant vécu des violences, de la discrimination, des expériences sociales invalidantes ou des situations où leur parole a été minimisée, invisibilité.
3. Une attention portée aux injonctions sociales
Le·la psychologue féministe peut aider à identifier les injonctions liées au genre, la pression liée à la performance, les modèles relationnels normatifs ou encore les stéréotypes intériorisés. L’objectif est de permettre un choix conscient : est-ce que cela me correspond vraiment ? Ou est-ce que je tente simplement d’entrer dans une norme ?
4. Un cadre « safe »
Consulter un·e psychologue féministe, c’est aussi savoir à l’avance dans quel cadre on s’engage. Pour de nombreuses personnes, cela représente un soulagement important : il n’est plus nécessaire de “tester” plusieurs psys, de jauger si certains sujets seront minimisés, mal compris ou débattus. Le positionnement est explicite. Cela enlève une charge mentale non négligeable, notamment pour les personnes qui ont souvent appris à se protéger dans les espaces relationnels. Savoir que son·sa psychologue partage des valeurs communes peut permettre d’entrer plus sereinement dans le travail thérapeutique et de se sentir en sécurité plus rapidement.
Psychologue féministe : pour qui ?
Contrairement aux idées reçues, un·e psychologue féministe peut accompagner tout le monde. Il n’y a pas de profil type car tous les individus vivent et évoluent dans notre société. Evidemment certaines personnes sont plus impactées par les normes sociales et les oppressions systémiques que d’autres. Ainsi, pour donner quelques exemples, un·e psychologue féministe peut accompagner :
- Des femmes confrontées à de multiples injonctions (maternité, carrière, charge mentale…)
- Des personnes ayant vécu des violences sexistes ou sexuelles
- Des personnes LGBTQIA+
- Des personnes racisées ou concernées par des discriminations
- Des personnes en situation de handicap physique ou psychique
- Des hommes qui souhaitent questionner les normes de virilité
- Toute personne ressentant un décalage avec les modèles sociaux dominants
En réalité, cela s’adresse à toute personne qui souhaite comprendre sa souffrance dans un cadre qui ne l’isole pas du contexte social.
Pour quelles problématiques consulter une psychologue féministe ?
Les champs d’accompagnement sont larges :
- Troubles anxieux et dépressifs
- Traumatismes
- Violences sexuelles ou conjugales
- Troubles du comportement alimentaire
- Difficultés d’estime de soi, de confiance en soi, d’affirmation de soi
- Burn-out
- Difficultés relationnelles
- Questionnements identitaires
- Difficultés dans le couple
La spécificité ne réside pas dans la liste des problématiques, mais dans la manière de les comprendre. Par exemple : une difficulté à poser des limites peut être reliée à des apprentissages genrés ; une culpabilité chronique peut être mise en lien avec des normes intériorisées ; une anxiété professionnelle peut être éclairée par des contextes discriminatoires. Cela permet souvent de désindividualiser certaines souffrances, ce qui soulage profondément.
Conclusion
Consulter un·e psychologue féministe, c’est choisir un cadre thérapeutique qui prend en compte les rapports sociaux, reconnaît les inégalités structurelles, valorise la parole et l’expertise de la personne et soutient l’autonomie et le pouvoir d’agir.
La santé mentale n’est jamais totalement déconnectée du monde dans lequel nous vivons. Un accompagnement féministe permet de penser ensemble l’intime et le social, sans opposer l’un à l’autre. Si vous vous demandez si cette approche peut vous correspondre, le plus simple reste d’échanger lors d’un premier rendez-vous. La relation thérapeutique se construit toujours à partir de la rencontre.
Vous souhaitez être accompagné·e sur ces questions ?
Si vous souhaitez en savoir + sur ce sujet, je vous recommande :
L’épisode « Charlotte Bienaimé, ce que le féminisme fait à la santé mentale » du podcast Folie Douce de Lauren Bastide. https://podcasts.apple.com/fr/podcast/charlotte-bienaim%C3%A9-ce-que-le-f%C3%A9minisme-fait-%C3%A0-la-sant%C3%A9/id1726024334?i=1000698043022


