La thérapie féministe est une approche psychothérapeutique encore peu connue du grand public, mais de plus en plus recherchée. Elle attire particulièrement les personnes qui ne se reconnaissent pas dans une vision uniquement individuelle de la souffrance psychique, et qui ressentent le besoin de comprendre leur vécu à la lumière de facteurs sociaux, relationnels, culturels et politiques.
Contrairement à certaines idées reçues, la thérapie féministe ne s’adresse pas uniquement aux femmes ou aux personnes engagées politiquement. Elle peut concerner toute personne qui souhaite travailler sur elle-même dans un cadre respectueux de ses identités, de son histoire, et des rapports de pouvoir qui traversent nos sociétés.
Cet article propose une définition de la thérapie féministe, ses grands principes, ses objectifs et les situations dans lesquelles elle peut être particulièrement aidante.
Qu’est-ce que la thérapie féministe ?
La thérapie féministe est une approche de la psychothérapie qui s’est développée à partir des années 1960-1970, dans le sillage des mouvements féministes et des luttes pour les droits des femmes. Elle est née d’un constat simple mais fondamental : la souffrance psychique ne peut pas être comprise uniquement à travers l’histoire individuelle, car elle s’inscrit aussi dans un contexte.
Dans cette approche, on considère que les inégalités de genre, les violences sexistes et sexuelles, les discriminations, les normes sociales, les rapports de domination et les injonctions contradictoires ont un impact direct sur la santé mentale. La thérapie féministe cherche donc à articuler l’intime et le politique car tout ce qui appartient à l’intime (le corps, l’identité, la famille, les rêves, les désirs, le couple, la sexualité, etc.) est façonné par l’environnement dans lequel nous vivons.
Elle inscrit les facteurs psychologiques et émotionnels dans une réalité plus large, afin d’éviter de faire porter à la personne seule la responsabilité de ce qu’elle traverse.
Une approche centrée sur les inégalités et les rapports sociaux
L’un des fondements majeurs de la thérapie féministe est l’analyse des rapports de pouvoir. Dans notre société, le pouvoir n’est pas réparti de manière égalitaire : il existe des hiérarchies liées au genre, à l’orientation sexuelle, à la classe sociale, à l’origine, au handicap ou encore à l’âge.
Ces rapports de pouvoir influencent profondément la manière dont les personnes se construisent, se perçoivent, sont traitées et parfois violentées. La thérapie féministe permet d’explorer ces dimensions sans pathologiser ce qui relève en réalité de violences structurelles ou d’injustices sociales.
Elle aide notamment à :
- comprendre l’origine de certains sentiments de honte, de culpabilité ou d’illégitimité,
- mettre en mots l’impact des discriminations et des oppressions vécues,
- désindividualiser certaines souffrances, souvent interprétées à tort comme des « failles personnelles ».
Une thérapie qui valorise l’autonomie et le pouvoir d’agir
La thérapie féministe ne cherche pas à « réparer » une personne comme on réparerait un objet défectueux. Elle repose sur une vision profondément humaniste de l’être humain, dans laquelle chaque personne possède des ressources, des capacités et un pouvoir d’agir, même lorsque la souffrance est intense. Notamment les personnes qui doivent se reconstruire après avoir vécu un traumatisme.
L’objectif n’est pas de rendre la personne conforme à des normes sociales parfois oppressives, mais de l’aider à se réapproprier sa parole, ses choix, ses limites et ses désirs.
Cela peut passer notamment par un travail sur :
- la confiance en soi et l’estime de soi,
- l’affirmation de soi et l’expression de ses besoins,
- la légitimité à poser des limites, à dire « non », à se choisir,
- la compréhension et l’accueil des émotions,
- la capacité à identifier ce qui relève de soi et ce qui relève du contexte et des attentes extérieures.
Une thérapie inclusive et intersectionnelle
Aujourd’hui, la thérapie féministe s’inscrit le plus souvent dans une perspective intersectionnelle. Cela signifie que l’on prend en compte l’imbrication des différentes oppressions : sexisme, racisme, classisme, validisme, LGBTphobies, âgisme, grossophobie, etc.
On parle d’approche intersectionnelle pour décrire le fait que les systèmes d’oppression ne s’additionnent pas simplement, mais se croisent et se renforcent. Le vécu d’une femme racisée ne sera pas le même que celui d’une femme blanche, le vécu d’une personne trans ne sera pas le même que celui d’une personne cisgenre, et ainsi de suite. La thérapie féministe vise à accueillir ces vécus dans toute leur complexité et leur singularité.
Cette approche est particulièrement pertinente pour les personnes qui ne se sentent pas toujours comprises dans des cadres thérapeutiques plus classiques, parfois centrés uniquement sur l’individu, en dehors de toute dimension sociale.
Pour quelles problématiques la thérapie féministe peut-elle être indiquée ?
La thérapie féministe peut accompagner de nombreuses problématiques, notamment :
- les violences sexuelles, sexistes et conjugales,
- les troubles anxieux et dépressifs,
- les traumatismes psychiques,
- les difficultés d’estime de soi et d’image corporelle,
- les troubles du comportement alimentaire,
- les questions liées à l’identité de genre et à l’orientation sexuelle,
- les situations de discrimination, de harcèlement ou d’isolement social,
- les difficultés relationnelles et affectives,
- l’épuisement lié aux injonctions sociales et professionnelles.
Elle n’est pas réservée à un type de population particulier. Toute personne qui ressent le besoin de comprendre sa souffrance dans un cadre bienveillant, peut s’y retrouver.
Thérapie féministe et psychothérapie « classique » : quelles différences ?
La principale différence réside dans le regard porté sur la souffrance. Là où certaines approches s’intéressent avant tout à l’appareil psychique individuel, la thérapie féministe ajoute une couche de lecture sociale, politique et relationnelle.
Elle questionne par exemple :
- les normes de genre,
- les injonctions à la performance,
- les représentations dominantes du couple et des relations,
- les attentes sociales, culturels et familiales,
Cela ne remplace pas les autres approches, mais cela les complète. La thérapie féministe est d’ailleurs souvent intégrée dans une pratique intégrative, croisant différentes références théoriques de la psychologie.
Ce qui différencie cette approche des autres est aussi la posture du·de la thérapeute. Dans de nombreux contextes médicaux ou paramédicaux, la personne qui consulte se retrouve face à un·e « sachant·e » dont la parole est perçue comme plus légitime, ce qui peut créer un rapport de pouvoir où l’on se sent jugé·e, infantilisé·e ou dépossédé·e de son expérience.
La thérapie féministe cherche à éviter ces asymétries. La relation se veut la plus horizontale possible : le·la thérapeute propose un cadre et des outils, tout en reconnaissant que la personne reste experte de son vécu.
Cette posture est dite « située », en opposition à une posture qui se revendiquerait comme « neutre » car le·la professionnel·le reconnaît que son regard n’est justement pas neutre mais façonné par son histoire, son genre, sa culture et son parcours. Cette transparence permet une relation plus consciente des enjeux de pouvoir et favorise un espace co-construit, où la personne peut se sentir sujet et non objet d’un savoir extérieur.
En conclusion
La thérapie féministe propose une manière singulière de penser la souffrance psychique, en la replaçant dans son contexte social et relationnel. Elle offre un cadre sécurisant pour questionner les normes, les rapports de pouvoir, les violences visibles et invisibles, tout en soutenant l’autonomie et le pouvoir d’agir de la personne.
C’est une approche profondément humaine qui rappelle que la santé mentale n’est jamais seulement une affaire individuelle, mais aussi le reflet du monde dans lequel nous vivons.
Vous souhaitez être accompagné·e sur ces questions ?
Si vous souhaitez en savoir + sur ce sujet je vous recommande :
L’episode n°52 « Inventer une thérapie féministe » d’Un podcast à soi sur ARTE RADIO https://www.youtube.com/watch?v=_DC6fuWt6Uc
L’episode n°7, saison 2 « La thérapie féministe » du podcast Les Redflagueuses https://www.youtube.com/watch?v=siUrQJmu8ww
L’episode « Feminisme et santé mentale, c’est la même chose » du podcast Folie Douce https://www.youtube.com/watch?v=R0iA4P-ggTc
Le livre « Les savoirs situés de Sandra Harding et Donna Haraway : Science et épistémologies féministes » de Maria Puig De La Bellacasa, éd. L’harmattan, 2014


