Le traumatisme psychique est une expérience souvent difficile à nommer, et parfois encore plus difficile à comprendre. Il ne se limite pas à un événement douloureux : c’est une empreinte, une trace laissée dans le corps, dans le système nerveux et dans la mémoire émotionnelle. Cette trace peut continuer d’agir longtemps après les faits, parfois même lorsque la personne pense avoir « tourné la page ».
Dans cet article, je vous propose une lecture accessible du traumatisme psychique, pour mieux comprendre ce qui se joue, pourquoi certaines réactions sont normales, et comment la thérapie peut accompagner la reconstruction.
Qu’est-ce qu’un traumatisme psychique ?
On parle de traumatisme psychique lorsqu’un événement ou une série d’événements, dépasse les capacités d’adaptation d’une personne sur le moment. Il ne s’agit pas seulement d’une situation « grave » objectivement : le traumatisme se définit avant tout par la manière dont l’événement a été vécu par la personne.
On distingue 3 catégories d’évènements traumatiques :
- Les catastrophes naturelles : inondations, tremblements de terre, ouragans…
- Les accidents causés par l’erreur humaine ou technique : accident, incendies, explosions…
- Les actes de violences interpersonnelles : viol, agressions, attentats, guerre…
Un évènement n’est pas traumatique en soi, son impact sur les personnes dépendra de différents facteurs internes et externes.
On distingue ensuite 2 types de traumatisme :
- Le traumatisme simple : évènement unique et inattendu où il y a menace aigüe ponctuelle (Ex : viol, agression, accident, catastrophe naturelle ponctuelle).
- Le traumatisme complexe : expositions traumatiques multiples, répétées et/ou prolongées. (Ex : inceste, maltraitance dans l’enfance, violences conjugales, harcèlement).
Dans tous les cas, le corps et le psychisme tentent d’abord de survivre, et ce qui a été vécu peut rejaillir bien plus tard, parfois de manière inattendue.
Comment le traumatisme agit-il sur le corps et le système nerveux ?
Le traumatisme n’est pas seulement un souvenir douloureux. C’est avant tout une réaction physiologique. Lorsqu’un danger survient, le système nerveux active des réponses automatiques de survie : fuite, combat ou immobilisation. Lorsque la fuite ou le combat ne sont pas possibles (comme c’est souvent le cas dans les violences sexuelles ou les violences vécues durant l’enfance par exemple), le corps peut entrer dans un état d’immobilisation, aussi appelé figement ou sidération.
Ce n’est pas un choix : c’est une stratégie de survie profondément inscrite dans notre biologie, qui ne dépend ni de la volonté, ni de la personnalité, ni de la “force mentale”
Normalement, après un danger, le corps revient à un état de stabilité. Cependant, après un traumatisme, ce retour à l’équilibre ne se fait pas complètement. Le système nerveux continue d’agir comme si la menace était toujours présente.
Les manifestations du traumatisme au quotidien
Les effets du traumatisme psychique peuvent prendre de nombreuses formes. Ils ne sont pas toujours visibles, ni même identifiés comme liés à un événement passé. Ils peuvent être temporaires et évoluer dans le temps.
On peut retrouver, entre autres :
- des flashbacks, images intrusives ou souvenirs envahissants,
- des difficultés de concentration,
- une anxiété diffuse,
- une irritabilité ou une fatigue émotionnelle,
- un sentiment de déconnexion, d’irréalité, de dépersonnalisation ou de dissociation,
- une baisse de l’estime de soi,
- des conduites à risque (drogues, alcool, mise en danger),
- des conduites d’évitement (de certaines personnes, lieux, situations),
- des difficultés relationnelles et affectives,
- une tendance à minimiser ce qui a été vécu, ou à en douter.
Evidemment, il existe d’autres réactions aux traumatismes. Chaque personne étant différentes, il est difficile de toutes les nommer.
Trauma et société : pourquoi une lecture féministe est essentielle ?
Le traumatisme ne survient jamais dans un vide social. Il s’inscrit dans un contexte marqué par des rapports de pouvoir, des violences systémiques, des inégalités et des discriminations. Certaines personnes sont davantage exposées à des situations traumatiques, non pas à cause de ce qu’elles sont individuellement, mais à cause des violences systémiques telles que :
- le sexisme et violences de genre,
- les violences sexuelles,
- le racisme et les discriminations,
- les LGBTQIA+phobies,
- le validisme et la marginalisation des personnes neurodivergentes,
- la précarité,
- les normes physiques et corporelles,
Par exemple : les violences sexuelles touchent majoritairement les enfants, les femmes et les personnes LGBTQIA+ ; les personnes racisées subissent davantage de violences policières et institutionnelles ; la grossophobie, le validisme, la transphobie ou la précarité fragilisent davantage l’estime de soi.
Une approche féministe du traumatisme permet de replacer la souffrance dans ce contexte. La personne n’est pas responsable de ce qu’elle a subi. Son vécu est influencé par des structures sociales parfois violentes et sa réaction psychique a un sens.
Le traumatisme n’est pas seulement ce qui arrive : c’est aussi la manière dont la société réagit à ce qui est arrivé. Le déni, la minimisation, la culpabilisation (« pourquoi tu n’es pas partie ? », « tu aurais dû dire non ») peuvent renforcer les effets traumatiques. Une perspective féministe permet d’éclairer ces mécanismes et de reconnaître leur impact sur le vécu de la personne.
Comment se déroule l’accompagnement d’un traumatisme en thérapie ?
L’accompagnement du trauma demande une grande douceur, un cadre sécurisant et une approche adaptée au rythme de la personne.
Selon les besoins, le travail en thérapie peut inclure :
- une mise en mots progressive du vécu,
- la régulation des émotions,
- la compréhension des mécanismes de survie,
- la reconstruction de l’estime de soi,
- la restauration d’un sentiment de sécurité,
- le réinvestissement du corps,
- l’exploration des conséquences relationnelles et affectives.
Approcher le psychotraumatisme par un prisme féministe, c’est aussi une manière de redonner du pouvoir à la personne, en lui offrant des outils pour se réapproprier son histoire et retisser un rapport plus sain à elle-même et au monde.
Peut-on vraiment guérir d’un traumatisme psychique ?
Le mot guérison peut sous-entendre qu’on pourrait « redevenir comme avant », ou qu’un traumatisme serait une blessure qu’on pourrait effacer entièrement. Or, avec le psychotraumatisme, il ne s’agit pas d’effacer mais plutôt d’apprivoiser. Il ne s’agit pas de « redevenir comme avant » mais de retrouver une manière d’être plus vivable. Ainsi, le trauma peut laisser des traces tout en permettant une vie riche, stable et joyeuse.
Le traumatisme ne disparaît pas mais les réactions qui y sont associées peuvent s’apaiser, se transformer et devenir moins envahissantes. La « guérison » peut alors ressembler davantage à une diminution de l’intensité des symptômes, une meilleure compréhension de ses réactions, un apaisement retrouvé, la capacité de se relier à soi et aux autres sans être submergé·e, un rapport plus apaisé au corps et bien plus encore.
Certaines personnes décrivent même une forme de transformation intérieure, un renouveau, une meilleure connaissance de soi. Chaque parcours est unique : le chemin vers un mieux être n’est ni linéaire, ni identique d’une personne à l’autre.
En conclusion
Le traumatisme psychique n’est pas un signe de fragilité personnelle : c’est une réaction humaine à un événement qui a dépassé les capacités d’adaptation de la personne à un moment donné. En comprendre les mécanismes permet de diminuer la culpabilité, la honte et l’isolement.
La thérapie, en particulier lorsqu’elle adopte une lecture féministe, inclusive et sensible au contexte, offre un espace pour se reconstruire, retrouver de la sécurité et réinvestir sa vie comme sujet à part entière.
Vous souhaitez être accompagné·e sur ces questions ?
Si vous souhaitez en savoir + sur le sujet, je vous recommande :
L’épisode « Stress post-traumatique : comment s’inscrit-il dans notre corps ? » du podcast Emotions. https://louiemedia.com/emotions/stress-post-traumatique
La documentaire Arte « Moi et le traumatisme » dispo sur Youtube. https://www.youtube.com/watch?v=aJROT75hniw
Le livre « Trauma, En finir avec nos violences » de Juliet Drouar, ed. Stock, 2025.

Le livre « Le corps n’oublie rien » de Bessel van der Kolk, ed. Albin Michel, 2020.

Le film « Et je verrai toujours vos visages » de Jeanne Herry, 2023.

La série « Unbelievable » de Michael Charbon, Susannah Grant et Ayalet Waldman, 2019. Dispo sur Netflix.


