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Violences conjugales : comprendre les mécanismes de l’emprise

Les violences conjugales ne se résument pas aux coups. Elles s’installent souvent de manière progressive, silencieuse, presque imperceptible, jusqu’à transformer en profondeur la perception que la personne a d’elle-même, de l’autre et de la relation. Derrière ce que l’on appelle parfois à tort des “conflits de couple” se cachent en réalité des mécanismes de domination, de contrôle et de dépossession psychique que l’on regroupe sous le terme d’emprise.

Comprendre l’emprise est essentiel, non seulement pour reconnaître les violences conjugales, mais aussi pour sortir d’une vision culpabilisante des victimes. Si partir était simple, beaucoup l’auraient déjà fait.

Les violences conjugales : bien plus que la violence physique

Les violences conjugales peuvent prendre de nombreuses formes :

  • violences psychologiques (humiliations, dévalorisation, menaces, chantage)
  • violences verbales
  • violences sexuelles
  • violences économiques
  • contrôle des déplacements, des relations, du téléphone
  • isolement progressif
  • violences administratives ou parentales

Elles peuvent exister sans jamais laisser de traces visibles. Pourtant, leurs effets psychiques sont souvent profonds et durables. Ce qui caractérise les violences conjugales, ce n’est pas l’intensité ponctuelle d’un acte, mais la répétition, l’asymétrie de pouvoir et la perte de liberté qu’elles entraînent.

Qu’est-ce que l’emprise ?

L’emprise est un processus psychologique par lequel une personne prend progressivement le contrôle sur une autre, en altérant sa capacité à penser, ressentir et décider par ou pour elle-même. Elle ne repose pas sur la force mais sur des stratégies relationnelles insidieuses.

L’emprise s’installe souvent par étapes :

  1. une phase de séduction ou d’idéalisation,
  2. une montée progressive des critiques, du contrôle, des exigences,
  3. une alternance entre violence et moments d’apaisement,
  4. une confusion émotionnelle croissante.

Peu à peu, la personne sous emprise doute de ses perceptions, minimise ce qu’elle vit, et intériorise la responsabilité de la violence.

Les mécanismes psychiques à l’œuvre dans l’emprise

Plusieurs mécanismes expliquent pourquoi l’emprise est si puissante :

  • La dissonance cognitive

Lorsque des comportements violents coexistent avec des moments d’affection ou de repentir, le psychisme cherche à maintenir une cohérence. La violence est alors minimisée, rationalisée ou excusée.

  • La dévalorisation progressive

À force de critiques, de reproches et de mises en doute, l’estime de soi s’effondre. La personne finit par croire qu’elle mérite ce qu’elle subit ou qu’elle est incapable de faire autrement.

  • L’isolement

L’éloignement des proches, explicite ou insidieux, prive la personne de regards extérieurs capables de nommer la violence. L’agresseur devient alors la principale, voire la seule, référence.

  • La peur et l’insécurité

Même en l’absence de menaces explicites, un climat de tension permanent s’installe. Le corps reste en alerte, rendant toute prise de décision extrêmement difficile.

« Pourquoi ne part-elle pas ? » : une question qui culpabilise

Cette question, encore largement posée, repose sur une incompréhension profonde des violences conjugales. Elle suppose que la personne serait libre de partir, lucide, et simplement “passive”. Or, l’emprise réduit précisément cette liberté.

Quitter une relation violente implique souvent :

  • une peur réelle des représailles,
  • des dépendances matérielles ou affectives,
  • une perte massive de repères,
  • une culpabilité intense,
  • parfois des enfants à protéger,

Partir n’est pas une question de volonté dans ce contexte. Ne pas le faire, c’est souvent le signe que la personne est prise dans un système de domination qui dépasse la simple volonté individuelle.

Les conséquences psychiques des violences conjugales

Les violences conjugales peuvent entraîner de nombreux troubles comme par exemple : une anxiété chronique, une hypervigilance constante, des troubles du sommeil, des troubles alimentaires, des symptômes dépressifs, un état de stress post-traumatique, une dissociation, une perte de confiance en soi et d’estime de soi ou encore des difficultés relationnelles. 

Ces conséquences ne sont pas des “fragilités personnelles”comme peuvent le croire les victimes elles-mêmes. Elles sont des réponses psychiques normales à une situation anormale, violente et insécurisante.

En quoi une thérapie peut aider ?

Les violences conjugales ne sont pas seulement des événements douloureux sur le moment : elles peuvent laisser des traces durables dans le psychisme. Ces réactions, souvent incomprises ou minimisées, relèvent du psychotraumatisme.

Consulter un·e psychologue ne concerne pas uniquement les personnes qui se savent déjà victimes de violences conjugales ou qui se reconnaissent dans le terme d’emprise. La thérapie s’adresse aussi à celles et ceux qui doutent, qui s’interrogent sur leur relation, ou qui ressentent un malaise diffus sans parvenir à le nommer.

Certaines personnes consultent après être sorties d’une relation violente, parfois depuis longtemps, mais avec le sentiment que “quelque chose reste”, que les effets persistent dans le corps, l’estime de soi ou les relations. D’autres viennent alors que la relation est encore en cours, sans certitude, simplement avec cette question lancinante : « est-ce que ce que je vis est normal ? ».

Dans ces situations, la thérapie peut offrir un espace pour :

  • mettre des mots sur des expériences confuses,
  • comprendre les mécanismes relationnels à l’œuvre, 
  • distinguer conflit et violence, désaccord et domination, 
  • se réapproprier ses perceptions, ses émotions, ses limites, 

Le travail thérapeutique vise avant tout à restaurer de la clarté, de la sécurité intérieure et une capacité à penser par soi-même. C’est souvent à partir de cette sécurité retrouvée que des choix deviennent possibles, quels qu’ils soient.

En conclusion 

Reconnaître l’emprise prend du temps. Parler est parfois déjà un premier pas immense.

Être accompagné·e par un·e professionnel·le formé·e aux violences conjugales peut permettre de sortir de l’isolement, de remettre du sens sur ce qui a été vécu, et de retrouver progressivement une capacité d’agir, sans jugement ni injonction.

Vous souhaitez être accompagné·e sur ces questions ?

Si vous souhaitez en savoir + sur ce sujet, je vous recommande :

L’épisode « Qui sont vraiment les pervers narcissiques » du podcast Les couilles sur la table, Binge Audio. https://www.binge.audio/podcast/les-couilles-sur-la-table/qui-sont-vraiment-les-pervers-narcissiques

L’épisode « Comment sortir de l’emprise » du podcast Emotions, Louie Media. https://louiemedia.com/emotions/emprise

La BD « Le seuil » de Fanny Vella, ed. Courrier du livre, 2024.

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Le livre « Femmes sous emprise » de Marie-France Hirigoyen, ed. Pocket, 2022.

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Le film « L’amour et les forêts » de Valérie Donzelli, 2023.

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