AuDHD

AuDHD : quand autisme et TDAH coexistent

Introduction

Le terme « AuDHD » (contraction de Autism et ADHD, TDAH en français) désigne la présence simultanée, chez une même personne, d’un trouble du spectre de l’autisme (TSA) et d’un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Longtemps considérée comme rare, voire théoriquement impossible selon les anciens critères diagnostiques, cette double neuroatypie touche en réalité une part importante des personnes autistes et des personnes avec TDAH. Elle reste pourtant mal comprise, sous-diagnostiquée, et source de confusion tant pour les personnes concernées que pour les professionnels de santé.

Pourquoi ce diagnostic a longtemps été impossible ?

Jusqu’en 2013, les manuels diagnostiques (notamment le DSM-IV) interdisaient explicitement de poser un double diagnostic de TSA et de TDAH. On considérait que l’autisme « expliquait » à lui seul les difficultés attentionnelles ou l’agitation observées, et qu’il ne pouvait pas coexister avec un TDAH en tant que diagnostic distinct.

Ce n’est qu’avec la publication du DSM-5 en 2013 que cette règle d’exclusion a été levée, permettant enfin de reconnaître officiellement la coexistence des deux troubles chez une même personne. Cette évolution récente explique en grande partie pourquoi de nombreux adultes aujourd’hui diagnostiqués AuDHD n’ont été identifiés, enfants, que pour l’un des deux troubles, voire pour aucun des deux, leurs particularités ayant été mises sur le compte d’autre chose (timidité, « caractère difficile », anxiété, etc.).

AuDHD, plus fréquent qu’on ne le pensait

Les études les plus récentes suggèrent que la comorbidité est loin d’être marginale : selon les recherches, entre 30 % et 80 % des personnes autistes présenteraient également des symptômes significatifs de TDAH, et une proportion notable des personnes avec TDAH répondraient aussi aux critères de l’autisme. Ces chiffres varient selon les méthodologies, mais tous convergent vers une même conclusion : le chevauchement entre les deux troubles est la norme plutôt que l’exception.

Plusieurs hypothèses, non exclusives les unes des autres, sont avancées par la recherche :

  • Une origine neurodéveloppementale commune : les deux troubles impliquent des différences dans le développement et le fonctionnement de certains réseaux cérébraux, notamment ceux liés à l’attention, à l’inhibition et à la régulation.
  • Une composante génétique partagée : des études de génétique comportementale ont mis en évidence des facteurs héréditaires communs entre TSA et TDAH.
  • Des différences dans les fonctions exécutives : la planification, la mémoire de travail, la flexibilité mentale et l’inhibition sont touchées dans les deux conditions, bien que souvent de façon différente.
  • Une régulation atypique de la dopamine : ce neurotransmetteur, central dans le TDAH, semble également jouer un rôle dans certains aspects de l’autisme.

Des symptômes qui se superposent… et qui parfois se masquent mutuellement

C’est là toute la complexité de l’AuDHD : les deux troubles peuvent produire des effets opposés qui se neutralisent en apparence, rendant le diagnostic plus difficile.

Sur le plan de l’attention et de la structure

  • Le TDAH pousse vers la nouveauté, la stimulation, le changement.
  • L’autisme pousse vers la routine, la prévisibilité, la répétition.
  • Chez une personne AuDHD, ce tiraillement interne peut se traduire par un besoin simultané de structure rigide et de changement permanent, difficile à concilier ce que beaucoup décrivent comme un sentiment de conflit intérieur.

Sur le plan social

  • L’autisme peut s’accompagner de difficultés dans la lecture des codes sociaux implicites.
  • Le TDAH peut entraîner de l’impulsivité verbale, des interruptions, des oublis dans les échanges.
  • Combinés, ces traits peuvent donner l’impression trompeuse d’un fonctionnement social « dans la norme » alors que chaque interaction demande un effort cognitif considérable.

Sur le plan sensoriel et de la régulation émotionnelle

  • Hypersensibilités ou hyposensibilités sensorielles (bruit, lumière, textures) fréquentes dans l’autisme.
  • Régulation émotionnelle instable et réactions intenses fréquentes dans le TDAH.
  • La combinaison des deux peut mener à des surcharges sensorielles et émotionnelles particulièrement intenses, parfois appelées meltdowns ou shutdowns.

Sur le plan de l’énergie et de la fatigue

  • Beaucoup de personnes AuDHD alternent entre des phases d’hyperfocalisation intense (souvent liées au TDAH ou à des intérêts spécifiques autistiques) et des périodes d’épuisement profond, parfois appelé burn-out autistique.

Le masking : une double charge

Le masking c’est-à-dire le fait de dissimuler consciemment ou inconsciemment ses traits pour se fondre dans la norme sociale est particulièrement lourd chez les personnes AuDHD. Elles doivent par exemple souvent contenir leur impulsivité et leur besoin de mouvement (TDAH), tout en calquant leurs expressions faciales, leur contact visuel et leur discours sur des normes sociales qui ne leur sont pas naturelles (autisme).

Ce double effort de camouflage est épuisant sur le long terme et est associé à un risque accru d’anxiété, de dépression et de burn-out. Il explique aussi en partie pourquoi l’AuDHD reste sous-diagnostiqué, notamment chez les femmes qui ont tendance à développer des stratégies de camouflage plus abouties. 

Pourquoi le diagnostic est-il si compliqué ?

Plusieurs obstacles se cumulent :

  1. L’effet de masquage mutuel décrit plus haut, qui peut rendre chaque trouble moins visible en présence de l’autre.
  2. Le manque de formation des professionnels à la reconnaissance de cette comorbidité, encore récente dans les classifications officielles.
  3. Des grilles diagnostiques pensées séparément, qui ne prennent pas toujours bien en compte les profils mixtes.
  4. Des biais de genre et d’âge : le TDAH a longtemps été perçu comme un trouble de « garçon hyperactif » et l’autisme comme un trouble masculin, ce qui a retardé de nombreux diagnostics chez les femmes, les adultes et les personnes aux profils moins « typiques ».
  5. La priorisation d’un seul diagnostic : certains cliniciens, une fois un trouble identifié, n’explorent pas systématiquement la possibilité d’un second.

Vécus et accompagnements

Les témoignages de personnes AuDHD reviennent souvent sur les mêmes thèmes : 

  • On retrouve souvent une sensation de ne « rentrer dans aucune case », y compris au sein des communautés autistes ou TDAH.
  • Un besoin de structure combiné à une difficulté chronique à la maintenir (listes, routines, plannings abandonnés).
  • Une fatigue cognitive et sensorielle importante, avec un besoin accru de temps de récupération.
  • Des difficultés dans la gestion administrative, financière ou domestique de la vie quotidienne, à l’intersection des troubles exécutifs des deux conditions.
  • Un soulagement fréquent après le diagnostic, décrit comme une mise en cohérence rétrospective de toute une vie.

Il n’existe pas d’accompagnement unique pour l’AuDHD, mais une combinaison d’approches adaptées à chaque profil :

  • Sur le plan médical : les traitements médicamenteux du TDAH (psychostimulants ou non) peuvent être proposés, avec un ajustement souvent plus prudent et progressif chez les personnes autistes, qui peuvent présenter une sensibilité différente aux effets secondaires.
  • Sur le plan psychothérapeutique : des approches adaptées au profil neurodivergent (plutôt que des thérapies standards non ajustées) sont recommandées, en tenant compte des spécificités sensorielles et cognitives.
  • Sur le plan de l’organisation du quotidien : outils visuels, routines flexibles plutôt que rigides, découpage des tâches, aménagements sensoriels de l’environnement.
  • Sur le plan professionnel et scolaire : aménagements raisonnables (temps supplémentaire, pauses sensorielles, consignes écrites en complément de l’oral, etc.).
  • Sur le plan communautaire : l’échange avec d’autres personnes AuDHD, notamment via des communautés en ligne, est souvent cité comme une ressource précieuse pour sortir de l’isolement et mieux comprendre son propre fonctionnement.

L’objectif n’est pas de « corriger » la personne mais de réduire les sources de souffrance évitable (épuisement, incompréhension, obstacles administratifs) tout en s’appuyant sur les forces propres à chaque profil : créativité, hyperfocalisation, pensée non linéaire, honnêteté directe, passion pour des sujets spécifiques, etc.

Conclusion

L’AuDHD illustre bien la complexité du neurodéveloppement humain, qui ne se laisse pas toujours enfermer dans des catégories diagnostiques cloisonnées. La reconnaissance officielle et récente de cette comorbidité a permis à de nombreuses personnes de mieux comprendre des décennies de vécu resté sans nom. Si la recherche progresse, la formation des professionnels de santé et la sensibilisation du grand public restent des enjeux majeurs pour améliorer le repérage, l’accompagnement et, plus largement, la qualité de vie des personnes concernées.

Vous souhaitez être accompagné·e sur ces questions ?

Si vous souhaitez en savoir + sur ce sujet, je vous recommande :

Le livre « Cerveau atypique : mode d’emploi au quotidien » d’Amandine Legrand, ed.
De Boeck Supérieur, 2026.

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