Traumatismes des personnes réfugiées : entre exil, violences et quête d’un lieu à soi

Les traumatismes des personnes réfugiées peuvent être variées et nombreux. Ils dépendent de beaucoup de facteurs difficiles à tous nommer : la zone géographique, le genre, l’âge, les moyens financiers, etc. Que ce soit pour des raisons climatiques, économiques, politiques ou encore liée à la survie psychique, l’immigration forcée s’impose aujourd’hui comme une réalité majeure dans notre monde. Pourtant, le vécu des personnes concernées est souvent réduit à des enjeux administratifs ou sécuritaires, au détriment de leurs réalités matérielles et psychiques qui méritent pourtant qu’on s’y attarde. 

En France, les démarches liées à demande d’asile notamment peuvent interroger tant elles peuvent être couteuse psychiquement pour des personnes qui ont connu de nombreux traumatismes. En effet, ces pratiques dans lesquelles les personnes doivent prouver leur histoire se font souvent au prix d’une reviviscence de leurs traumatismes. Elles sont aussi empreintes de violences systémiques liées à la figure du réfugié : suspicion de mensonge, exagération de la souffrance, personne malveillante ou qui « profite » du système. Tout cela impacte et ne fait qu’aggraver leurs souffrances psychiques. 

L’exil forcé : un continuum de violences

Les trajectoires des personnes réfugiées s’inscrivent presque toujours dans un enchaînement d’événements violents. Avant même le départ, il peut s’agir de fuir des guerres, des persécutions politiques, des violences sexuelles, des catastrophes climatiques ou des conditions de vie mettant en jeu la survie. Le départ n’est donc pas un projet, mais une contrainte. Cette absence de choix constitue déjà une première atteinte à la sécurité psychique.

Ensuite, le parcours migratoire est souvent marqué par de nouvelles violences : traversées dangereuses, exploitation, séparations, insécurité constante, violences sexuelles. À cela s’ajoute une incertitude radicale quant à l’avenir, qui empêche toute forme d’apaisement.

Enfin, l’arrivée dans le pays d’accueil ne met pas fin à ces épreuves. Les personnes réfugiées doivent faire face à des procédures administratives longues et éprouvantes, dans lesquelles leur parole est constamment mise à l’épreuve. Les institutions présupposent fréquemment le mensonge, exigeant des récits précis, détaillés, cohérents alors même que le traumatisme fragmente la mémoire. Dans ce contexte, raconter devient une injonction paradoxale : il faut se souvenir vite, bien, et dans une langue qui n’est pas la sienne, de ce qui est précisément de l’ordre de l’indicible. 

Et même lorsque la demande est acceptée, ces personnes font souvent face à un racisme ou à une xénophobie systémique. Ainsi, elles vont avoir plus de difficultés à trouver du travail, un logement, une situation stable. Cela entraine souvent des vécus très précaires, impactant toujours plus leur santé mentale. 

Des traumatismes spécifiques et souvent incompris

Les expériences vécues par les personnes réfugiées peuvent engendrer des manifestations psychiques profondes : symptômes de stress post-traumatique, anxiété, dépression, troubles du sommeil, somatisations. Mais au-delà de ces manifestations, certaines spécificités méritent d’être soulignées.

D’abord, le traumatisme est souvent complexe, répété, et inscrit dans la durée. Il ne s’agit pas d’un événement isolé, mais d’un ensemble d’expériences qui viennent altérer durablement le sentiment de sécurité.

Ensuite, les conditions administratives peuvent elles-mêmes devenir traumatisantes. Le fait de devoir prouver son statut, de revivre son histoire à plusieurs reprises, ou encore de rester dans une attente prolongée sans stabilité, participe à maintenir un état d’insécurité psychique. La question de la langue est également centrale. Ne pas pouvoir dire, ou ne pas être compris·e, peut renforcer l’isolement et entraver l’élaboration du vécu traumatique.

Enfin, ces souffrances sont souvent invisibilisées ou mal interprétées. Elles peuvent être minimisées, culturalisées ou réduites à des stéréotypes, ce qui complique l’accès à un accompagnement adapté. 

Traumatismes des personnes réfugiées : penser le refuge psychique autant que territorial

Adopter une approche féministe et intersectionnelle permet de mieux saisir les inégalités spécifiques vécues par les personnes réfugiées.

Les femmes et les minorités de genre sont particulièrement exposées à certaines formes de violences, notamment sexuelles, dans les pays d’origine, durant le trajet migratoire, mais aussi parfois dans les pays d’accueil. Ces violences sont souvent tues, par peur, par honte ou par absence d’espaces sécurisants.

Les personnes LGBTQIA+ réfugiées peuvent, quant à elles, cumuler les vulnérabilités. Elles fuient parfois des contextes où leur vie est menacée, pour se retrouver dans des environnements où elles restent exposées à des discriminations, voire à de nouvelles formes de violence.

Plus largement, les politiques migratoires, le racisme structurel, le sexisme et le classisme participent à produire des conditions de vie précaires, qui entravent la reconstruction. Dans ce contexte, l’enjeu du soin ne peut être réduit à une approche individuelle. Il s’agit de penser à la fois un refuge territorial (des conditions de vie dignes et sécurisantes) et un refuge psychique, où la personne peut déposer son vécu sans être sommée de le prouver ou de le justifier.

L’accompagnement implique alors de reconnaître les effets du traumatisme, tout en respectant le rythme de la personne, sa langue, ses silences, et ses stratégies de survie. L’objectif n’est pas de contraindre à raconter, mais de permettre, lorsque c’est possible, une mise en sens dans un cadre sécurisant.

Conclusion 

Les traumatismes des personnes réfugiées ne peuvent être compris sans prendre en compte la violence de l’exil, mais aussi celle des contextes d’accueil. Réduire ces vécus à des symptômes individuels invisibilise les réalités politiques, sociales et institutionnelles qui les produisent et les maintiennent.

Penser le soin dans une perspective féministe et inclusive, c’est reconnaître que la sécurité psychique ne peut exister sans conditions de vie dignes. C’est aussi accepter que raconter ne peut pas être une obligation, et que le silence peut parfois être une forme de protection. Accompagner, alors, ne consiste pas à faire dire, mais à rendre possible, à créer, autant que possible, des espaces où un refuge, à la fois psychique et symbolique, peut émerger.

Vous souhaitez être accompagné·e sur ces questions ?

Si vous souhaitez en savoir + sur ce sujet, je vous recommande :

L’épisode « Migrantes et combattantes » d’Un postcast à soi de Charlotte Bienaimé, Arte Radio. https://www.arteradio.com/son/migrantes-et-combattantes

Le livre « La vie psychique des réfugiés » d’Elise Pestre, Payot, 2029.

Traumatismes des personnes réfugiées

La série de BD « L’odyssée d’Hakim » de Fabien Toulmé, ed. Delcourt, 2018.

Traumatismes des personnes réfugiées

Le film « L’histoire de Souleymane » de Boris Lojkine, 2024.

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